Entretien avec une doula

La doula est la confidente de la femme enceinte.

21 août 2009 Frédérique Alfassa-Larsonneur

Les doulas accompagnent les futures mamans de manière non médicalisée en plus du suivi médical.

En plus du traditionnel suivi assuré par les sages-femmes et les gynécologues, une femme enceinte peut, à titre personnel, faire appel à une doula. Doula, un métier encore mal connu, qui inspire curiosité et méfiance. Rencontre avec Floriane Zitouni, en exercice depuis deux ans et demi, dans la région PACA et membre de l’association Doulas de France.

Suite101 : Quelle est la définition du mot doula ?

Floriane Zitouni : C’est une « femme venant en aide aux autres femmes » même si, à l’origine, ce mot signifie « esclave » au féminin. Ce métier existe depuis la nuit des temps. Dans les contrées les plus reculées, il y a toujours eu une jeune femme pour aider la matrone, la femme d’expérience qui fait les accouchements. La jeune femme, un peu en retrait, c’est la doula…

Suite101 : Qui peut devenir doula ?

FZ : N’importe quelle femme, en fait. Il n’est pas obligatoire d’être maman, même si je pense que c’est important. Il existe une formation spécifique pour pouvoir être certifiée. Je suis en exercice depuis deux ans et demi après avoir commencé par suivre des stages. Et maintenant que la formation existe, je la suis en plus de mon activité. Une doula est dite « en exercice » quand elle a trois accompagnements, grossesses et naissances, à son actif. Elle est certifiée quand elle a terminé sa formation et elle est apprentie pendant la durée de celle-ci. L’association Doulas de France a créé une charte à laquelle nous adhérons, c’est essentiel, autant pour nous que pour les mamans qui nous sollicitent.

Suite101 : Que peut apporter une doula à une femme enceinte ?

FZ : De l’écoute avant tout ! Ces femmes ont ainsi quelqu’un avec qui partager la joie d’être enceinte, sans tout le temps le rabâcher à leur mari ou leurs copines. Mais une doula vient aussi en aide aux femmes qui ne voulaient pas de cette grossesse et hésitent à poursuivre. Ainsi, nous accompagnons parfois des IVG (interruption volontaire de grossesse, ndlr). Nous sommes parfois appelées en cas d’IMG (interruption médicale de grossesse) car l’enfant présente une malformation. Nous portons un regard neutre sur ces différents choix. Mon seul but est d’éviter qu’une femme dise un jour : « Ah ! si j’avais su… ». Alors, j’essaie de lui donner toutes les cartes possibles pour qu’elle puisse prendre ses décisions. J’ai un bon carnet d’adresses, j'oriente donc la future maman vers différents professionnels susceptibles de lui donner de bonnes informations.

Suite101 : Et au moment de la naissance ?

FZ : Si le papa ne peut pas ou ne souhaite pas être en salle de naissance, nous pouvons être présentes, à condition que les équipes médicales acceptent : nous ne pouvons rien promettre aux mamans… En revanche, quand la petite famille est de retour à la maison, notre soutien continue. Nous encourageons l'allaitement et jouons parfois à la médiatrice pour le couple.

Suite101 : Justement, les maris sont-ils favorables à votre présence ?

FZ : Pas tous. En général, les femmes que j’accompagne le font avec l’assentiment de leur mari. Dans certains cas, les plus réfractaires trouvent, après une première rencontre, que c’est une bonne idée et que cela rendra service à leur femme. D’autres, découragent leur épouse d’aller au bout de leur démarche.

Suite101 : Et qui sont « ces épouses », recruteuses de doulas ?

FZ : Souvent des femmes enceintes qui sont loin géographiquement de leur famille et qui ont besoin d’une présence. J’ai remarqué que les doulas étaient davantage ancrées dans les cultures anglo-saxonnes et internationales que dans la culture franco-française, quand je regarde de plus près les nationalités des mamans que j’accompagne. S’il ne s’agit pas d'expatriées ou de personnes éloignées de leur entourage, bien souvent, elles n’ont pas toujours le soutien de leurs proches ou la même vision des choses. Alors, elles ont besoin d'une aide extérieure.

Suite101 : Du coup, quelle image les doulas véhiculent-elles pour tous ceux qui ne les connaissent pas ?

FZ : Notre image n’est pas facile à gérer. Les gens imaginent souvent que nous encourageons les naissances à la maison. En vérité, ce sont souvent, mais pas toujours, des femmes qui accouchent à la maison qui font appel à nous. Nous ne cherchons en aucun cas à rivaliser avec les professionnels de santé, nos compétences sont tout autres. C’est pour cela que nous souhaitons, à l’avenir, que notre métier soit reconnu comme service à la personne.

Liens utiles :

http://www.doulas.info/manifeste.php (charte des doulas sur le site Doulas de France)

www.maternaitre.com (association de Floriane Zitouni)

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